{"id":428,"date":"2018-04-25T10:06:23","date_gmt":"2018-04-25T09:06:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/?p=428"},"modified":"2018-07-07T10:40:37","modified_gmt":"2018-07-07T09:40:37","slug":"mieux-vaut-68-art-que-jamais","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/?p=428","title":{"rendered":"Mieux vaut 68-art que jamais"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/PAveLingot-2.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"329\" \/><\/p>\n<h2>Ce texte ci-dessous est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un entretien avec Thomas Lemahieu, qui anime le blog <a href=\"http:\/\/www.humaginaire.net\">humaginaire<\/a><strong>,<\/strong> <strong>qui rassemble une imagerie populaire au service des mouvements sociaux<\/strong>. Il est publi\u00e9 dans le <a href=\"http:\/\/www.lesutopiques.org\/utopiques-n7-mai-68-netait-quun-debut\/\"><strong>num\u00e9ro 7 de la revue Les Utopiques<\/strong><\/a>, intitul\u00e9 <em>Mai 68, ce n\u2019\u00e9tait qu&rsquo;un d\u00e9but<\/em> (\u00e9ditions Syllepse) avec de nombreux autres t\u00e9moignages \u00ab qui remettent au premier plan l\u2019action des travailleurs et des travailleuses \u00bb.<\/h2>\n<p>En mai 1968, j\u2019avais 24 ans. Mes \u00e9tudes \u00e9taient largement finies. Je bossais comme graphiste, j\u2019\u00e9tais directeur artistique dans un studio de mode. C\u2019\u00e9tait un de mes premiers boulots&#8230; Quand les occupations commencent, vers la mi-mai, je vais aux Arts D\u00e9co, o\u00f9 la <a href=\"http:\/\/jeanpaulachard.com\/mai\/strip.html\">production d\u2019affiches<\/a> sera aussi puissante qu\u2019aux Beaux-Arts. Aux Arts D\u00e9co, il y avait une forte pr\u00e9sence syndicale de l\u2019Unef\u00a0: dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, en 1967 surtout, il y avait eu la transformation du folklore, des fanfares et des bizutages en actions syndicales ou de solidarit\u00e9 avec le Vietnam avec, encore en m\u00e9moire vive, la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. C\u2019\u00e9tait politis\u00e9 d\u00e9j\u00e0\u00a0: \u00e7a ne sort pas de nulle part.<\/p>\n<p>Sur place, on se conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 pour certains, pour s\u2019\u00eatre rencontr\u00e9s pendant nos \u00e9tudes \u00e0 Paris ou aux Beaux-arts de Varsovie. Il n\u2019y avait pas que des \u00e9tudiants, loin de l\u00e0, mais aussi beaucoup d\u2019anciens \u00e9l\u00e8ves qui \u00e9taient devenus des professionnels. Mes copains sont l\u00e0\u00a0: Pierre Bernard, qui a lui aussi \u00e9tudi\u00e9 en Pologne aupr\u00e8s d\u2019Henryk Tomaszewski, et Fran\u00e7ois Miehe, qui, lui, est encore \u00e9tudiant et responsable syndical aux Arts D\u00e9co. J\u2019\u00e9tais plut\u00f4t un producteur d\u2019images qui participait \u00e0 l\u2019atelier, plus qu\u2019au mouvement \u00e9tudiant en tant que tel. Bien s\u00fbr, je suis all\u00e9 aux d\u00e9bats, aux assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, \u00e0 quelques manifs aussi. J\u2019y participais quand il y avait des grands rendez-vous, mais je n\u2019\u00e9tais pas leader en quoi que ce soit. Bon, sur l\u2019image, j\u2019ouvrais ma gueule car il faut dire qu\u2019on avait de l\u2019exp\u00e9rience, qu\u2019on avait une pratique diff\u00e9rente du graphisme apr\u00e8s notre passage en Pologne. Puis, on avait du jus\u00a0!<\/p>\n<p>La p\u00e9riode est euphorisante. 68, c\u2019est d\u2019abord une lib\u00e9ration de la parole extraordinaire. La force du jeu et des enjeux de mot. Les gens se causent dans la rue. Il y a un attroupement\u00a0: tu viens, tu ram\u00e8nes ta gueule, tu peux discuter. Il y a une curiosit\u00e9 de l\u2019autre qui \u00e9tait assez inou\u00efe. \u00c7a, c\u2019est heureux\u00a0! Ind\u00e9pendamment des grands mouvements, des grosses manifs, des grands projets, il y a un basculement. Faire peur aux bourgeois, occuper la rue, pouvoir la ramener, \u00eatre dans l\u2019utopie la plus folle, po\u00e9tiser la politique et la vie&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Je lutte des classes<\/strong><\/h2>\n<p>Avec mon boulot, je d\u00e9couvrais un milieu qui n\u2019\u00e9tait pas le mien. J\u2019en avais d\u00e9j\u00e0 vu l\u2019envers avec les ouvri\u00e8res des usines textiles, en rang devant les machines, dans des conditions pourries d\u2019exploitation&#8230; Comme celles que subissaient mes parents ouvriers et le ch\u00f4mage qu\u2019avait v\u00e9cu mon p\u00e8re. Donc je m\u2019\u00e9veillais aussi \u00e0 la lutte des classes, tout en \u00e9tant dans une position plut\u00f4t int\u00e9ressante, avec un salaire et des conditions de travail potables. Pour le taulier, t\u2019es le jeune artiste, t\u2019es bien vu. Un peu comme un bouffon du roi. Ce statut rend peinard sous r\u00e9serve que tu fasses le graphiste domestique, je l\u2019ai bien mesur\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque&#8230; Pour les patrons, cyniquement, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s bien que leur jeune directeur artistique participe au mouvement, avec ses affiches contestataires.<\/p>\n<p>Il y avait une ambiance heureuse. On pouvait travailler avec jubilation les sujets les plus po\u00e9tiques et politiques possibles. Apr\u00e8s, 68 a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 aussi ce qu\u2019on a appel\u00e9 une libert\u00e9 sexuelle, mais il faudrait quand m\u00eame mettre un b\u00e9mol, avec le machisme ambiant qui restait violent. Pour certaines couches, \u00e7a a permis que cette domination masculine s\u2019exerce beaucoup plus facilement, je serais tent\u00e9 de dire, par une fausse culture de libert\u00e9. M\u00eame si \u00e7a a augment\u00e9 les pratiques de la relation&#8230; La libert\u00e9 des corps, elle est encore \u00e0 construire.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, cette atmosph\u00e8re poussait beaucoup d\u2019artistes et d\u2019artisans \u00e0 la rencontre. Cela a permis de l\u00e9gitimer le travail en collectif. Par la suite, \u00e7a a ouvert la possibilit\u00e9 de fonder le groupe de graphistes <a href=\"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/?p=207\">Grapus<\/a> avec Pierre Bernard et Fran\u00e7ois Miehe. Mais \u00e7a n\u2019est pas tout&#8230; En m\u00eame temps qu\u2019on faisait des affiches, on \u00e9tait conscients de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019organiser les \u00e9tudes et la profession. Je suis retourn\u00e9 en Pologne pour voir les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9tudes qui \u00e9taient diff\u00e9rents. D\u2019autres sont all\u00e9s ailleurs&#8230; \u00c7a s\u2019est pass\u00e9 pendant le mois de juin, ou dans la foul\u00e9e imm\u00e9diate. En tant que responsable de l\u2019Unef,\u00a0Fran\u00e7ois Miehe faisait partie de commissions de r\u00e9forme de l\u2019enseignement. Cela a d\u00e9bouch\u00e9 en 1969 sur la cr\u00e9ation de <a href=\"https:\/\/editions-b42.com\/produit\/linstitut-de-lenvironnement-une-ecole-decloisonnee\/\"><u>l\u2019Institut de l\u2019Environnement<\/u><\/a>, un troisi\u00e8me cycle pluridisciplinaire fond\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9cole d\u2019Ulm en Allemagne, elle-m\u00eame issue du Bauhaus. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u00e0 aussi, il y avait ces clivages sociaux et politiques\u00a0: nous, en tant qu\u2019\u00e9tudiants d\u2019origine modeste, devenus militants communistes, on voulait p\u00e9renniser les choses, les dipl\u00f4mes. Et les \u00e9tudiants gauchistes petits-bourgeois, ils s\u2019en foutaient\u00a0: ils \u00e9taient plus anticommunistes qu\u2019anticapitalistes. Ils ont p\u00e9t\u00e9 le truc au bout de deux ans. Enfin, il n\u2019y a pas eu qu\u2019eux, \u00e9videmment, pour p\u00e9ter l\u2019exp\u00e9rience\u00a0: le pouvoir a trouv\u00e9 que cette aventure sentait trop la subversion.<\/p>\n<p>Mais revenons en arri\u00e8re\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/mat_0769-3206_1988_num_11_1_403853\"><u>Mai 68, aux Arts D\u00e9co<\/u><\/a> il faut voir le d\u00e9cor aussi, l\u2019esth\u00e9tique. C\u2019est une \u00e9cole avec plusieurs \u00e9tages. Au quatri\u00e8me, il y avait un atelier de s\u00e9rigraphie. On r\u00e9cup\u00e9rait les chutes des grands rouleaux des rotatives des quotidiens. Ces grands rouleaux, on les faisait pendre du quatri\u00e8me jusqu\u2019en bas, dans les cages d\u2019escalier. Ensuite, c\u2019\u00e9tait coup\u00e9 et imm\u00e9diatement coll\u00e9&#8230; Chacun avait un projet d\u2019image. Il allait le soumettre en assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, \u00e7a discutait beaucoup. Et ensuite, quand on revenait dans l\u2019atelier, on faisait ce qu\u2019on voulait, c\u2019\u00e9tait le principe. C\u2019est celui qui fait qui d\u00e9cide. D\u00e9mocratie ultra-directe mais pas trop directive, en somme&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Le plaisir du partage<\/strong><\/h2>\n<p>Ce qui est important, dans les ateliers populaires de 68, et c\u2019est souvent omis dans les r\u00e9cits, c\u2019est la diffusion. D\u2019abord, il y a, c\u2019est vrai, un bordel d\u2019images partout, un joyeux bordel. Cela stimule la r\u00e9flexion, le go\u00fbt critique, la po\u00e9tique du regard. Quand on regarde toutes les affiches de 68, en dehors de quelques-unes, il y a beaucoup de \u00ab\u00a0petits dessins \u00bb&#8230; Mais c\u2019est la relation qui donne son sens. Le plaisir de coller, de s\u2019emparer des images est aussi fort que celui de les inventer et de les fabriquer. On a d\u00e9couvert \u00e7a \u00e0 ce moment-l\u00e0 et on a retenu, \u00e0 Grapus, puis \u00e0 Ne Pas Plier, \u00e0 quel point les circonstances de diffusion sont importantes. Quand on diffuse<em> <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Ori1Ikg6RAU\">Je lutte des classes<\/a> ou <a href=\"http:\/\/www.carre-rouge.org\/IMG\/pdf\/6-_reI_ve_geI_neI_rale.pdf\">R\u00eave g\u00e9n\u00e9rale<\/a> <\/em>dans les manifs, on devient auteur et acteur d\u2019une pens\u00e9e. Il y a une vraie jubilation de la rencontre, de la relation active, du partage.<\/p>\n<p>Donc, 68, c\u2019\u00e9tait surtout \u00e7a\u00a0: un partage collectif. De partout, \u00e7a tchatchait. Bien s\u00fbr, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il y avait les manifs, la r\u00e9pression, le folklore. La violence quelques fois envers les \u00e9tudiants, et surtout celle moins visible contre les ouvriers. Ou encore l\u2019emphase des discours. C\u2019est ce que l\u2019on retient, alors que, sur le fond, ce sont des formidables luttes ouvri\u00e8res et leurs acquis. Et de m\u00eame que les travailleurs dans les usines occup\u00e9es r\u00e9fl\u00e9chissaient \u00e0 la construction de la libert\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9, nous, nous imaginions les conditions possibles de notre travail sur les formes et sur le langage. Il s\u2019agissait de construire de la politique, du projet, de l\u2019enseignement. Et tout \u00e7a, en d\u00e9connant s\u00e9rieusement.<\/p>\n<p>R\u00e9volutionner, c\u2019est inventer de nouveau. L\u00e0, on \u00e9tait dans la recherche inventive. Il n\u2019y avait pas cette frilosit\u00e9 qu\u2019on a pu conna\u00eetre depuis. En 68, il y avait une volont\u00e9 de jouer, d\u2019exp\u00e9rimenter sans arr\u00eat. Et l\u2019\u00e9chec faisait partie des conditions de la r\u00e9ussite. On n\u2019en avait rien \u00e0 foutre de se tromper, de faire une grosse merde. On produisait, on tentait le coup&#8230; Et il y avait une vitalit\u00e9 terrible qui d\u00e9bordait la notion d\u2019\u0153uvre. La qualit\u00e9 \u00e9tait dans le parcours, dans les \u00e9changes autant que dans l\u2019image elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La fin de l\u2019occupation a peut-\u00eatre sign\u00e9 l\u2019arr\u00eat d\u2019un outil \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais en fait, tout s\u2019est poursuivi. On a continu\u00e9 la r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019Environnement, puis \u00e0 Grapus. Cela nous a gav\u00e9s d\u2019utopies, comme des vitamines&#8230; L\u2019utopie, ce n\u2019est pas quelque chose qui fait faire des projets dans un horizon lointain, c\u2019est ce qui permet d\u2019en r\u00e9aliser, par la force du r\u00eave, de l\u2019imagination, certaines parts imm\u00e9diatement. Et gr\u00e2ce \u00e0 cette vitalit\u00e9, parce qu\u2019on \u00e9tait organis\u00e9s en groupe dans Grapus, on a pu r\u00e9sister au manque de fric, \u00e0 l\u2019exploitation comme au sectarisme, et faire ce qu\u2019on voulait dans une camaraderie totale, une fraternit\u00e9 militante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Il est urgent de prendre le temps<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019Histoire, ce n\u2019est pas du fait divers. La R\u00e9volution fran\u00e7aise n\u2019est pas finie. La Commune de Paris, elle n\u2019est pas finie. 68, ce n\u2019est pas fini. Les grandes luttes de 1995, elles ne sont pas finies. Rien n\u2019est jamais fini. \u00c0 un moment donn\u00e9, il y a un mouvement et les utopies, les possibles se construisent sur les luttes qui ne sont pas encore r\u00e9alis\u00e9es. Ce n\u2019est pas pareil que fini. Les choses sont dans un mouvement, elles ne sont pas dans un \u00e9v\u00e9nement. On nous balance une culture de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, du r\u00e9sultat, mais dans la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le parcours, sa qualit\u00e9, qui tient lieu de p\u00e9dagogie, d\u2019\u00e9ducation. Le savoir se transmet dans un parcours, pas par la magie d\u2019un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Quand on y pense, il y a de quoi regretter l\u2019enc\u00e9phalogramme plat, le mouvement lin\u00e9aire sans asp\u00e9rit\u00e9 que nous connaissons aujourd\u2019hui. C\u2019est une mani\u00e8re de ne plus rien faire d\u2019autre que de g\u00e9rer le malheur. Or, 68, ce n\u2019\u00e9tait pas de la gestion du malheur, de la r\u00e9sistance tout court. C\u2019\u00e9tait de l\u2019invention, c\u2019\u00e9tait militer pour des bonheurs \u00e0 construire. On voit bien les mots d\u2019ordre po\u00e9tiques, d\u00e9conneurs, amusants&#8230; \u00c7a ouvre un champ des possibles, \u00e7a cr\u00e9e un imaginaire social. C\u2019est fondamental. Alors qu\u2019actuellement l\u2019imaginaire politique des mouvements sociaux, il n\u2019est un peu que dans la r\u00e9sistance aux malheurs. Plus personne n\u2019ose affronter la revendication du bonheur. Il ne s\u2019agit pas que de faire des pansements; il faut aller am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de ce qui, \u00e0 l\u2019origine, n\u2019allait pas&#8230; Et inventer de nouveau\u00a0!<\/p>\n<p>Dans les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de Grapus, tout juste apr\u00e8s 68, les militants dans le champ politique ou syndical avaient peur des expressions qu\u2019ils pensaient ne pas dominer. Parce qu\u2019elles flottaient\u00a0! Il ne fallait pas que \u00e7a flotte, il fallait que le sens soit tr\u00e8s ancr\u00e9, d\u00e9j\u00e0 vu, d\u00e9j\u00e0 connu, donc chiant. Tr\u00e8s souvent, une id\u00e9e neuve est trahie par des expressions vieillottes \u00e0 la con. C\u2019\u00e9tait une grande bagarre\u00a0; il fallait retrouver le plaisir de l\u2019expression d\u2019une pens\u00e9e heureuse, et ne pas transformer une pens\u00e9e progressiste dans une forme acad\u00e9mique, ennuyeuse. Car, sous pr\u00e9texte qu\u2019on va mieux la faire comprendre, on va la rendre inint\u00e9ressante, impossible \u00e0 partager. On voit bien que, quand la parole se lib\u00e8re, quand on la ram\u00e8ne, les formules heureuses, elles dominent, et elles escamotent imm\u00e9diatement les quelques petites b\u00eatises qu\u2019il peut y avoir. Quand tout le monde s\u2019y met, \u00e7a fusionne, \u00e7a bouillonne, \u00e7a te donne envie d\u2019y aller, d\u2019avancer.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019aujourd\u2019hui les responsables qui ont un peu de pouvoir au sein des partis, des syndicats, des villes organisent l\u2019ennui dans des pratiques pourtant g\u00e9n\u00e9reuses et solidaires\u00a0? Ont-ils peur d\u2019affronter un conflit que produirait quelque chose d\u2019un peu neuf. On nous oppose le manque de moyens, bien s\u00fbr, mais c\u2019est souvent un faux pr\u00e9texte. On peut toujours travailler en \u00e9crivant un truc sur un bout de papier \u00e0 la main &#8211; 68 nous l\u2019a montr\u00e9. Mais on est rentr\u00e9s dans un syst\u00e8me de communication la plus b\u00eate. Communiquer, c\u2019est niquer la communaut\u00e9. Ce que l\u2019on doit partager, c\u2019est le d\u00e9sir de transformation. Informer c\u2019est former\u00a0! Ce n\u2019est pas seulement le savoir. Si le savoir est ennuyeux, il n\u2019y a aucune chance qu\u2019il se partage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>Pr\u00e9avis de r\u00eave<\/strong><\/h2>\n<p>Apr\u00e8s 68, il y a eu un retour de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique, culturelle, sociale, avec un rappel \u00e0 l\u2019ordre de l\u2019habitus pour parler comme les sociologues. Les lois des origines familiales et sociales ont vite recouvert les d\u00e9couvertes r\u00e9volutionnaires. Beaucoup sont rentr\u00e9s dans le giron pour trouver du boulot ou faire un beau mariage. Mais cette formidable gr\u00e8ve, les solidarit\u00e9s \u00e9tudiants-ouvriers sont une source pour les changements \u00e0 venir. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019Environnement, puis \u00e0 Grapus et \u00e0 <u><a href=\"http:\/\/www.nepasplier.fr\">Ne pas plier<\/a>,<\/u> on a pu travailler dans des formes de solidarit\u00e9 collective. Et j\u2019ai sans doute \u00e9vit\u00e9 ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 certains, pass\u00e9s d\u2019une p\u00e9riode euphorique \u00e0 une p\u00e9riode m\u00e9lancolique. Moi, je n\u2019ai rien regrett\u00e9 de rien. De 68, il n\u2019y a que du bon \u00e0 prendre, et le mieux, c\u2019est qu\u2019il en reste&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte ci-dessous est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un entretien avec Thomas Lemahieu, qui anime le blog humaginaire, qui rassemble une imagerie populaire au service des mouvements sociaux. Il est publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 7 de la revue Les Utopiques, intitul\u00e9 &hellip; <a href=\"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/?p=428\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/428"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=428"}],"version-history":[{"count":9,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/428\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":461,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/428\/revisions\/461"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gerardparisclavel.fr\/bonjour\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}